Vieille et Méchante

Un blog pour celles qui en ont trop vu pour encore faire semblant

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Pourquoi je ne pardonne plus par principe

Ou : la grâce, c'est bien. Mais c'est surévalué.

Il paraît que pardonner, on le fait pour soi. Pas pour l'autre. Pour se libérer, lâcher le poids, tourner la page.

Tourner la page, quelle drôle d'expression. Comme si la vie était un livre qu'on pouvait feuilleter à volonté. Certains chapitres résistent. Et il y a des pages sacrément cornées, qui collent bien aux doigts.

J'ai essayé. Pendant des années. Méthodiquement, proprement, presque professionnellement. Ce que j'ai compris, c'est que pardonner par principe, indépendamment de ce que l'autre a fait, compris ou changé, est une forme de mensonge poli. Envers soi-même, surtout.

Les injonctions au pardon, petit florilège.

"Le pardon, c'est pour toi, pas pour l'autre." Très bien. L'autre, pendant ce temps, il est où ? Sur Gleeden, peinard ? Planqué au Mexique avec ton gosse ? Ou tranquillement à ses cousinades où tu n'es pas invitée depuis vingt ans ?

"Pardonner, ça ne veut pas dire oublier." Très bien aussi. Mais alors on pardonne pour quoi, exactement ? Pour récolter des petits coeurs roses sur insta et s'entendre dire "quelle résilience, bravo ma chérie".

"La rancœur, c'est comme boire du poison en espérant que l'autre meure." Bouddha, je crois. Je ne sais pas ce qu'il buvait, mais il devait certainement avoir moins de raisons que moi.

"Tu devrais en parler à quelqu'un." Mais c'est qui ce quelqu'un ? Un psy quelque chose, je suppose. Qui va te faire casser ton PEL pour te vendre un pardon propre pour dans 6 ans.

Le pardon obligatoire, c'est le prolongement du silence obligatoire. La même injonction, à peine déguisée. À celle qui encaisse, qui digère, qui fait le travail spirituel que l'autre n'a pas fait. Pendant ce temps, l'autre n'est même pas au courant qu'il devait être pardonné et il n'a pas vraiment envie de savoir.

On confond souvent deux choses à mon sens.

Ne plus souffrir, ça oui. C'est le travail. C'est légitime. C'est nécessaire.

Pardonner, c'est autre chose. Sans conscience du tort en face, ce qu'on appelle pardon ressemble surtout à une amnistie qu'on s'accorde seule. Les mots ont un sens, merde !

Ce que j'ai choisi à la place.

Certaines personnes sont classées. Dossier fermé. Pas par grandeur d'âme. Par hygiène mentale.

Et puis il y a les autres. Ceux à qui j'en veux encore. Vraiment. Sans honte. Sans excuse. Parce que certaines choses méritent qu'on s'en souvienne.

On nous a vendu le pardon comme une vertu universelle, salutaire. C'est faux. La colère peut être une source de force. Et refuser de pardonner, parfois, c'est juste le seul acte de résistance qui nous reste.

Jésus a dit d'aimer ses ennemis. Je pense qu'il n'avait pas encore rencontré certains des miens.